Figurations romanesques du personnel littéraire en France, 1800-1940

Chercheur principal : Michel Lacroix
Cochercheurs : Pascal Brissette (U. McGill), Anthony Glinoer (U. de Toronto), Guillaume Pinson (U. Laval)
Financement : CRSH

L’écrivain devient, aux abords du XIXe siècle, une des figures centrales de l’imaginaire social en France, au point de prendre place parmi les « grands hommes » du Panthéon. Cette « sacralisation » de l’écrivain participe d’une série de transformations socioculturelles qui font du champ littéraire un espace de plus en plus autonome et génèrent une profusion de représentations contradictoires, au centre desquelles on retrouve quantité d’écrivains fictifs. De ces écrivains de papier, peu ont été retenus par l’histoire littéraire. Notre programme de recherche vise à reconstituer ce « panthéon imaginaire » pour voir comment, au moment même où elle s’impose comme espace social spécifique, la littérature se pense comme lieu de socialisation, d’ancrage identitaire et de travail collectif. Plus spécifiquement, nous nous concentrerons sur les « romans de la vie littéraire » (d’Illusions perdues aux Faux-monnayeurs), de façon à voir comment cette autoréflexion s’incarne dans la fiction narrative. Postulant que les textes sont tout à la fois plongés dans le discours social et producteurs d’un travail discursif spécifique, ce projet adopte une perspective sociocritique et cherche à joindre l’apport de deux courants importants de la recherche contemporaine respectivement consacrés à l’étude des sociabilités et à l’étude des imaginaires de la littérature. Une des hypothèses majeures sous-tendant ce projet est que les « romans de la vie littéraire » esquissent, malgré des zones d’ombre, des points aveugles et de la mauvaise foi, une sociologie romanesque de la littérature, dont l’apport à la compréhension de la littérature est majeur. Nous entendons contribuer à renouveler l’histoire de la littérature grâce à l’étude systématique des figures littéraires imaginaires (écrivains, éditeurs, etc.).